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Conférence d’Eirik Prairat à Dijon le 13 NOVEMBRE 2019 : l’ndiscipline scolaire

vendredi 29 novembre 2019, par Romain CHARLES

Eric Prairat est professeur de sciences de l’éducation à l’Université de Lorraine et chercheur associé au Groupe de recherche sur l’éducation éthique et l’éthique de l’éducation de l’Université du Québec à Montréal. Ses travaux portent sur les questions de la sanction, de l’autorité, des normes et, plus récemment, sur les enjeux éthiques et déontologiques du travail enseignant. Il est intervenu sur L’indiscipline scolaire à Dijon le 13 Novembre. Voici ma prise de notes :

Introduction : Pas d’enseignement possible sans la dimension instrumentale de la discipline.Conception positive de la discipline au sens kantien de « se donner les règles et les moyens », soit un rapport à l’autonomie.

1) 5 REMARQUES

a. L’indiscipline scolaire n’est pas la violence scolaire.La première est diffuse et liée à la forme scolaire quand la seconde est plus localisée et sanctionnée par le droit pénal.
b. Il existe un exigible disciplinaire et/ou comportemental. Toutefois, celui-ci est en péril par abandon de situations académiques posant la discipline. On peut se retrouver comme le dit Merieu à « faire l’école avant de faire classe ». Il est courant de renégocier, réaffirmer et reposer les règles propres aux conditions d’enseignement.
c. On peut mettre en évidence un changement de nature des phénomènes « indisciplinaires ».Au chahut traditionnel, circonscrit dans le temps et dans l’espace, parfois ritualisé comme dans les cas de carnavals ou de fêtes pour permettre une meilleure intériorisation des règles se substitue un chahut anomique. Celui-ci est chronique, endémique et délocalisé. Il n’est plus ritualisé et s’appuie sur une perception de la règle devenue non-structurante
d. L’indiscipline fait souffrir l’enseignant. Celui-ci se trouve en double position de victime et de coupable de l’indiscipline. A la fois responsable et cible du chahut anomique, sa fonction de transmission se voit reléguée derrière sa fonction disciplinaire.
e. Proposition d’une typologie avec comme clef le but de l’indiscipline :
-  Se dégager du travail scolaire ou carrément y échapper (« je ne ferai pas… »)
-  Obstruer le déroulement normal du cours (« personne ne pourra faire… »)
-  Contester les règles pour les renégocier (« les règles ne sont pas bonnes pour moi, ne me conviennent pas, ont été décidées sans moi »)

2) 5 ELEMENTS D’EXPLICATION

a. La massification de l’éducation qui apporte un contingent de nouveaux élèves (élèves d’une nouvelle nature) dépourvus de la culture scolaire. Ex : 300 000 étudiants post-bac jusqu’en 1968 et 2,3 millions en 2016. Les acquis essentiels n’ont pas suivi l’augmentation des volumes.
b. Une promesse oubliée « d’emploi » met au jour un décalage entre l’effort et la récompense. Auparavant, travailler à l’école garantissait un avenir agréable, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Le poids de la sélection porte une déception possible.
c. La crise socio-économique provoque dans les familles les mieux lotis une forme de désinstitutionalisation. C’est-à-dire un repli vers des possibilités extra-scolaires de réussite (réseaux, culture…).
d. L’importance excessive du jugement scolaire qui entraîne une compétition provoque un glissement de l’impératif d’être bon vers celui d’être le meilleur. L’indiscipline devient une forme de résistance à ce mode du jugement. (cf. H. Laborit, L’éloge de la fuite).
e. La crise de la fonction symbolique dans les sociétés post-modernes provoque une dilution de l’ensemble socialement formé, de l’être ensemble. Et l’école ne peut être tenue de suppléer ce type d’érosion.

3) PROPOSITIONS CONCRETES

a. Poser un contrat de vie et de travail claire et lisible. Tous les membres de tous les groupes sont d’ans l’attente d’une structure réglée sous la forme de droits et de devoir de ce qu’il y a à donner et ce qu’il y a à prendre. Sobriété, clarté et lisibilité sont les trois piliers de la forme de ce contrat.
b. Mettre en place un temps de régulation pour permettre une évaluation et une évolution de la règle. Un conseil des personnes liées par un ensemble de règle semble une forme pertinente. Projet avorté de transformer l’heure de vie de classe en conseil au sein de la classe.
c. User de sanctions éducatives, explicites, à la différence d’une vengeance silencieuse. Proscrire le recours aux sanctions illégales qui demeurent encore et limiter les mesures d’exclusions. Rappel des 3 principes de la sanction : politique (restaurer la règle pour l’ensemble de la communauté), éthique (responsabiliser l’auteur sur la nature de ses actes) et psychologique (signifier une limite à l’auteur). Poursuivre le triple souci de proportionnalité (ou d’individualisation), de gradation et d’explicitation.
d. Introduire ou maintenir des rituels, par exemple d’accueil, d’activité, d’ordre (Ex : la politesse, la prise de parole, le déplacement…)
e. Lier les apprentissages et la discipline comme indissociables les uns de l’autre.
f. Etre attentif à ce qui se passe en classe et le montrer et en cas de franchissement d’un seuil critique : Savoir réagir avec promptitude – Rester calme – Ne jamais rentrer dans l’argumentation mais rappeler la règle.

Pour compléter la réflexion, du même auteur "Éduquer avec tact"
Romain Charles.